Musique populaire ou savante?

Réflexion sur des clivages en musique,  que l’on nous enseigne depuis le collèges…

       En musique, on apprend qu’il existe quatre termes pour catégoriser les œuvres. Religieux ou profane, et populaire ou savant ? Pour ce qui est du religieux et du profane, il n’est souvent pas bien compliqué de faire la différence, les intentions du compositeur étant généralement explicitées de manière très claire. Mais en ce qui concerne le populaire et le savant, qu’en est-il ?

       Tout d’abord, il convient de définir ces deux termes. Une musique savante va être une musique répondant à des codes et à des techniques élaborées et complexes, peu accessible aux yeux des non-connaisseurs, quand la musique populaire sera la musique du peuple, élaborée par le peuple et accessible au plus grand nombre. Ainsi, me direz vous, il devrait être facile de faire la distinction entre une symphonie de Beethoven, savante, et I’ve got a feeling des Black Eyed Peas, populaire. Mais c’est parfois plus compliqué que ça.

       En effet, présenter une barrière formellement stricte, établi une séparation infranchissable qui n’a parfois pas lieu d’être. A cause de cette barrière, la musique communément admise comme savante sera aisément considérée comme élitiste, non accessible aux gens qui n’y connaissent pas grand chose, et c’est bien triste !

          Néanmoins, cette barrière n’est pas toujours extrêmement claire. Premier exemple : le jazz. A votre avis, populaire ou savant ? On peut aisément répondre dans un premier temps que c’est une musique populaire, et c’est dans un sens très vrai. On en joue dans les bars, il y a un assez large public de tous horizons, qui aiment Louis Armstrong, Norah Jones, Djando Reinhardt ou Miles Davis, et puis le jazz ça swing, on danse dessus, les musiciens s’éclatent sur scène… rien à voir avec un concert de musique classique ! Et pourtant… le jazz est un style extrêmement savant, qui aura même inspiré de très grands compositeurs comme Ravel, ou qui aura carrément été le style privilégié de Gershwin dans beaucoup de ses pièces. Le jazz répond à des codes très précis, extrêmement techniques, parfois incompréhensibles aux yeux d’un novice, qu’il soit musicien ou non. Pour le comprendre réellement, ce style implique d’avoir des connaissances importantes en terme de richesses d’accords (bien plus denses et compliqués que les accords utilisés dans ce qu’on appelle la musique pop), en terme de forme axées autour de grilles d’accords (c’est à dire d’enchainement d’accords structurés) précises, ou bien des notions des gammes et modes utilisés, qui tout comme les accords seront ben plus riches et nombreux que dans la pop (attention, ce n’est aucunement un jugement qualitatif, il y a de très bonnes chansons pop qui ne comprennent que deux accords), et enfin si le novice voudra jouer du jazz en bonne et due forme, toutes ces connaissances seront à coupler avec des capacités à improviser. Cela implique une (très) bonne connaissance de son instrument, savoir où sont placées les notes et les accords, mais aussi une technicité importante. Et tout cela vient directement de la musique baroque, que l’on placera aisément dans la musique dite savante. Alors le jazz, est-ce populaire parce que c’est assez accessible à l’écoute, ou est-ce savant parce que c’est un style qui implique des connaissances poussées pour l’aborder plus en profondeur ?

         Et si je vous disais que l’inverse se trouve aussi, et qu’un style qui semble très savant dans l’écriture est considéré comme populaire ? La musique de film – type Retour vers le Futur, Le Seigneur des anneaux…- est ainsi souvent considérée comme de la musique populaire. Rappelez-vous, la musique populaire est composée pour le peuple. C’est donc bien le rôle des musiques de film, avoir des thèmes qu’on va retenir et pouvoir chantonner, et c’est le propre de la musique populaire : pouvoir être assimilé par le public facilement. Qui ne connait pas les thèmes de Star Wars, Harry Potter ou Titanic ? Mais le problème de cette définition se pose dans le fait qu’en principe, la musique populaire va pouvoir être également écrite par le peuple. Là, ça se complique. S’il est plutôt accessible de réussir à écrire une chanson avec trois accords, il est plus compliqué pour notre fameux novice de composer une pièce symphonique sur un film. Car une fois encore, pour ce genre de compositions il existe bien des codes et bien des techniques qui demandent souvent des années de travail et d’apprentissage. Que ce à propos des enchainement d’accords, des notes à ne pas croiser, de l’utilisation des instruments, des formes à respecter et j’en passe.

          La question se pose alors, faut-il considérer que la musique populaire sera celle qui est imbriquée dans la culture populaire, ou une musique qui repose sur des techniques relativement accessibles pour qui n’a pas suivi d’enseignement musical ? À l’inverse, la musique savante sera-t-elle ce que l’on associe à la musique dite classique, ou de la musique dont les codes, techniques et traditions, nécessiteront un apprentissage poussé ?

        Il n’existe pas vraiment de réponses à ces questions. Et finalement, tant mieux ! Vouloir mettre absolument tout dans des cases c’est créer des distances inutiles et une hiérarchisation bien malvenue. La musique est aujourd’hui accessible à tous, tant dans l’écoute que dans la création, et c’est tant mieux. Catégoriser la musique en « pour le peuple » et « pour l’élite », ce qu’il se passe de plus en plus, vise à effrayer les uns et les autres et créé des stéréotypes : le jeune lycéen n’écoute pas de Mozart, et la bourgeoise de 50 ans n’écoute pas de Daft Punk. Hors hiérarchiser la musique est une erreur, il y a du bon et du mauvais partout. Je me souviens d’avoir écouté une des premières œuvre de Wagner, qui était objectivement mauvaise, car bourrée d’erreurs d’écriture. Et pourtant, ce fut l’un des grands révolutionnaires musicaux par la suite. Et à l’inverse, un I’m so sorry de Imagine Dragons me fera bien plus vibrer et sauter partout que n’importe quelle œuvre « classique ». Chacun apporte son lot différent d’émotion, pour se faire un avis il faut oser tout écouter, découvrir le maximum d’œuvres, se forger son propre avis et ne pas se dire « ah non cette musique, ce n’est pas pour moi ». Je vous laisse sur cette dernière réflexion, écoutez de la musique, sans vous appuyer sur les clivages qu’on vous impose, et surtout n’oubliez pas que la curiosité n’est pas forcément un vilain défaut.

Scherzando

Pour aller plus loin :

Vidéo sur Ravel par Rapaz

Vidéo sur Summertime de Gershwin par Otomj

Vidéo sur la musique de Star Wars par SillaBO

Vidéo sur le rôle des instruments par le compositoire

Une réflexion sur “Musique populaire ou savante?

  1. Voici un article très bien rédigé ! Leonard Bernstein lui-même (il me semble) ne voulait pas mettre de mur entre la musique savante et la musique populaire, et je partage cet avis !

    Aimé par 1 personne

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