Le Bounce – Sexisme ou égalité pour tous ?

Qui suis-je ? Un homme, une petite quarantaine, confortablement installé dans ma position d’homme : cisgenre donc. J’ai des amis homos, mon bar préféré est un bar gay; on y boit des pichets de cocktails à bas prix, il y a une super ambiance ; chaque soir un défilé de personnes entame le massacre de tubes des années 80 dans la bonne humeur : les joies du karaoké. Mais rien ne me prédispose à défendre la cause LGBT.

Rien à par le bon sens. Mais je ne viens pas faire le plaidoyer de la cause des autres. Ce qui m’intéresse c’est la musique. Ce véhicule qui prend tous les chemins possibles.

Si vous me demandez de commenter une vidéo de Miley Cyrus ou Nicki Minaj, je vous dirai : trop vulgaire. Et pourtant si vous me demandez si j’aime le Twerk et le Bounce, je vous dirai : oui c’est trop classe.

Ce grand écart, j’arrive à le gérer parce que dans ma tête, il y a deux éléments distincts et que la vulgarité n’est pas dans les derrières bombés à l’excès de certaines jeunes femmes, mais dans la trahison d’une promesse tacite faite il y a plusieurs années que chacun homme ou femme se trouverait sur un pied d’égalité dans la danse. Ce serait possiblement ridicule, infamant mais peut importe, ce serait juste.

Le Rap a toujours été une musique revendicative. Droits sociaux, violence, misère économique, ségrégation mais aussi sexualité. Jusqu’à un certain point…

En quête d’affirmation de soi, le rappeur, s’est fondu dans un prototype, il s’est protogenré dans un modèle de virilité, une collection des éléments de son environnement : les armes, les muscles, un tableau de chasse “bien rempli”, une violence mesurée. On a souvent fait remarquer qu’il était difficile pour les femmes de rentrer dans le Game, en fait elles étaient le “game” (le gibier en anglais) certains noms ressortent (Roxanne Shanté, Lauryn Hill) et ils n’en sont que plus brillants, mais imaginons maintenant un homme qui aime les hommes, un homme qui se travestit et qui veut faire du rap ?

C’était la trahison absolue.

Sans que les homos soient la cible précise des rappeurs, ils deviennent des victimes collatérales et vous ne voulez pas savoir…

Parce que la revisite à l’aune de l’homophobie du rap risque de ternir de façon durable certains de nos morceaux préférés.

Alors pilule bleue ou pilule rouge ?

Le site nerve.com a fait une timeline non-exhaustive de l’homophobie du rap et c’est assez triste.

De Grandmaster Flash et son mythique Message à 50 Cent qui de façon général pense que les gays ont des pensées qui le font flipper, poppent aussi d’autres grands noms, N.W.A avec son Gangsta Gangsta :

« elle arrêtait pas de geindre “j’ai un copain” Salope arrête de mentir, sale pute débile t’es rien d’autre qu’une goudou« 

De façon plus surprenante A Tribe Called Quest (les poètes intellos du rap) avec le titre Georgie Porgie :

« Traite-moi d’homophobe mais je sais ce que je sais, t’es dégueu et ridule au plus haut point.« 

Rassurez-vous ce morceau n’est jamais sorti tel quel, comme le premier album des Beastie Boys ne fut jamais intitulé Don’t be a Faggot (Fais pas ta pédale), titre originellement choisi (ils se sont platement et publiquement excusés en 1999).

Mais voici un des éléments symptomatiques de la mauvaise représentation de la virilité. Cherchant à garder un public fratboys, nos trois new-yorkais pas très testostéronés comme le montre la vidéo Hold it now, Hit it, n’avait pas trouvé mieux que de se hisser avec la force du mépris sur les épaules d’une communauté déjà bien stigmatisée pour atteindre le sommet de la pyramide du succès.

Quand naît le Bounce dans les années 90 à la Nouvelle Orléans, il n’est question que de reconnaissance et de revendications – le premier morceau tire à boulet rouge sur David Duke qui à l’époque siège à la chambre des représentants de la Louisiane, et c’est un suprémaciste blanc; – ce morceau est sur la fameuse Red Tape mentionnée dans ma vidéo.

Le mouvement même s’il est intéressant finit par prendre l’eau (et on est même pas à l’époque de Katrina !) et c’est l’oubli.

Au début des années 2000, une rappeuse Katey Red, née Kenyon Carter un grand gaillard d’1.88m enflamme le dancefloor avec une énergie diabolique. Pour une raison particulière à la Nouvelle Orléans, ça se passe plutôt bien pour Katey ; bon avoue-t-elle, elle eut très peur des premières scènes craignant d’être poignardée à cause de son apparence, mais rien de tout cela n’est arrivé.

Jubilee qui avait connu un gros succès auparavant avec Do the Jubilee All, voit en elle une mine d’or. “Checke, tous les homos vont acheter son son. Et les femmes vont penser qu’elle est l’une des leurs, elles vont payer aussi !

Katey devient le premier rappeur et artiste Bounce ouvertement homosexuel.

L’histoire démarre ainsi. A mesure que d’autres artistes homos ou trans suivent, le Bounce se trouvera un nouveau qualificatif, il sera Sissy en plus d’être Bounce.

Des premières fêtes qui résonnaient au son du Melpomene Block Party qui faisait référence explicitement à l’homosexualité jusqu’aux soirées Twerk où les filles venaient agiter leurs derrières en toute liberté parce que c’était des lieux où les garçons aiment les garçons et que ça ne craignait pas… Mais où d’autres garçons qui aiment les filles se pointaient pour voir des filles s’agiter aux rythmes des incantations d’une fille qui était un garçon avant d’être une fille.

La boucle était bouclée, gays ou homos chacun y trouvait son compte et la ségrégation des genres tirait sa révérence…

Pour en savoir plus sur Katey Red vous pouvez cliquer ICI (c’est en anglais) :

Et pour voir ma vidéo, parce que 1AM c’est du son mais aussi des images c’est ici :

 

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