Musique classique : Venez comme vous êtes !

 

                    Quand je demande autour de moi ce qui rebute quelqu’un d’aller à un concert de musique classique pour une symphonie, un opéra, il y a un argument qui s’ajoute à celui de la faible connaissance du répertoire, c’est ce rejet de l’aspect poussiéreux et mondain que peut revêtir ce type d’événement.

De l’assimilation de « la grande musique ».

« La grande musique », parlons-en. Cette dénomination du répertoire classique est déjà un frein en soi à une possible appropriation par le grand public. Certes, la musique classique (au sens large) représente un héritage conséquent des siècles précédents, marqué par le génie de compositeurs dont le nom résonne encore malgré le temps, mais cette formule fait aujourd’hui plus de mal qu’autre chose à un répertoire qui peine à renouveler son public. Il existe évidemment de nombreuses manifestations pensées pour les jeunes qui se développent partout en France et dans le monde, souvent couronnées de succès, mais au delà des jeunes, pensons véritablement au plus grand nombre et à certaines populations qu’on ne retrouve que trop peu dans les salles de concert/opéra.

Prenez par exemple la classe moyenne de 35-50 ans. Malgré certaines études, de ma petite et égoïste expérience, il n’y en a que trop peu de représentants dans les salles, pourquoi ? Est-ce par manque d’intérêt ? De moyens ? De temps ? Un peu de tout cela ?

Si vous avez entre 17 et 55 ans et que vous n’êtes jamais allé à l’opéra ou à la découverte d’une symphonie, d’un récital ou autre, voici quelques lignes pour vous aider à franchir le pas.

Vous pensez que c’est trop cher ? 

C’est faux. Contrairement au cinéma (où vous dépenserez aux alentours de 10€ par personne en moyenne), on ne va pas à un concert de classique pour voir, mais pour entendre. A fortiori, quand on ne connaît pas spécialement les artistes présents sur scène, le livret est là pour vous les présenter. Pour votre première expérience de concert classique, n’allez pas vous jeter sur les places à plus de 20€. Comme le bon vin, si vous n’avez pas le palais pour le savourer, vous trouverez le jus à 150€ la bouteille bien amer.

C’est pareil avec la musique classique. Allez-y petit à petit ! Il existe des places à partir de 5€ partout en France, même à l’Opéra Bastille ou au prestigieux Théâtre des Champs Elysées et autres. Evidemment, vous ne serez pas toujours idéalement placé, mais vous entendrez aussi bien que votre voisin (et entre nous, être au premier rang, c’est plus pour la frime qu’autre chose, parce qu’on n’entend ni ne voit correctement, bonjour les nuques brisées quand la scène est au dessus de vous). Vous pouvez aussi venir à la dernière minute et tenter de récupérer des places à moins de 10€ au placement aléatoire, sans garantie de pouvoir en obtenir une.

Installez-vous, fermez les yeux et laissez-vous simplement emporter par la musique. En plus, vous énerverez passablement les pseudos puristes qui vous penseront en train de dormir. Ils vont fixeront tout du long et se gâcheront le concert tout seul, pendant que vous en profiterez à fond. C’est typiquement le genre de choses qui me font jubiler, personnellement.

J’oubliais, même pour 5€, vous avez accès dans certaines salles au buffet avec petits fours et coupette de champomy. De quoi vous inciter à revenir plutôt que de dépenser encore 10€ pour une comédie française de mauvais goût au cinéma, qui en financera une autre, puis une autre…

Aussi, si vous prétextiez un manque de temps, l’argent économisé pour cette soirée concert servira à payer le ou la petit(e) voisin(e) pour garder les enfants, même mieux, vous pourriez les emmener avec vous et leur permettre de découvrir un univers qui leur plaira certainement et pourrait même révéler une vocation…

L’Opéra c’est pour les vieux et c’est mondain.

C’est pas faux. Du moins, c’est une petite élite qui a imposée son style. A vous d’imposer le vôtre.  Le costume vous gêne, vous voulez venir en jean-basket ? Et alors ? Vous avez payé votre place comme tout le monde, faites-le ! Bon, évidemment, passez un coup de brosse sur vos baskets si vous avez fait un petit foot juste avant le concert, soyez tout de même propre sur vous, mais avec les vêtements que vous voulez ! Venez comme vous êtes, comme dirait l’autre.

Vous pensiez vraiment qu’on appréciait mieux la musique classique en costume ? La bonne blague. Quand on va à un concert, on s’engage à passer au moins 1h30 assis, quand ce n’est pas 3h ou plus, pour Pélléas et Mélisande de Debussy par exemple, alors autant être à son aise. Ceux qui mettent leur costume trois pièce sont loin d’être les mieux installés. Mettez des vêtements dans lesquels vous vous sentez à l’aise. Planquez même discrètement vos chaussons dans votre sac à main et enfilez-les une fois assis, c’est une petite dame – oui, « parce qu’il y en a des biens, quand même ! » – qui m’a donnée cette astuce, c’est au poil.

Là encore, vous allez énerver certains puristes. Non seulement vous venez relativement décontracté, mais en plus vous allez donner l’impression de dormir. Non mais franchement !

Rassurez-vous toutefois, le public amateur de musique classique est dans son ensemble très appréciable. C’est toujours une petite minorité, comme pour tout, qui fait naître certains clichés. Le râleur à qui on a piqué la place qui s’est en fait trompé lui, mais vous accuse quand même (c’est du vécu), l’élitiste parisien qui ne jure que par l’acoustique du TCE (qui n’est d’ailleurs par la meilleure…) et n’aime pas la « réverb’ bas de gamme des salles de province », et les anciens qui toussent et se raclent la gorge plus fort que l’orchestre à chaque blanc (non ça, ce n’est pas un cliché, c’est la plus stricte vérité, c’est à cause d’eux qu’on a du mal à faire des captations live…) font aussi partie du charme de ces soirées musicales. Comme ceux qui parlent fort au cinéma, se lèvent 3 fois pour aller aux toilettes et font un bruit infernal avec leur popcorn et friandises. Des casse-bonbons, il y en a partout, où que vous alliez…

C’est VOTRE expérience.

Si vous sautez le pas, allez-y franchement. Vivez ce moment pour ce qu’il est. Un divertissement qui vous est destiné. Prenez-le et faites-le votre à 100%. Créez votre bulle de confort et vivez l’instant. Parce que la musique classique, si on l’appelle « la grande musique », c’est aussi parce qu’elle est encore aujourd’hui souvent l’une des rares à pouvoir vous faire ressentir autant de choses et faire appel à tant de vos sens -notez bien ici que je ne réfute en aucun cas la possibilité de ressentir quelque chose à l’écoute de pop, rock, métal, rap, etc. bien au contraire !-. Ça ne coûte rien (ou presque) d’essayer en tout cas, alors pourquoi s’en priver ?

Où que vous soyez en France, vous aurez toujours dans une ville proche de chez vous une salle avec une programmation pensée pour tous les goûts. Vous trouverez chaussure à votre pied, c’est certain. En revanche pour l’Opéra, n’allez pas forcément vers La Flûte Enchantée de Mozart pour commencer, c’est un peu cliché, d’une part, et pas franchement le plus accessible malgré sa renommée. Préférez-lui Les Noces de Figaro, Cosi Fan Tutte, Don Giovanni… Allez voir du Verdi, du Puccini ou même Cherubini pourquoi pas, ou bien Carmen de Bizet, là, vous ne prenez aucun risque ! Pour les symphonies, Beethoven est une valeur sûre… N’hésitez pas à demander conseil en téléphonant directement à la salle la plus proche de chez vous ! La personne au bout du fil sera heureuse de vous orienter vers ce qu’il y aura de mieux pour démarrer votre carrière d’auditeur. De fil en aiguille, vous aurez peut-être même l’envie de prendre un abonnement l’année prochaine…

Brisez les codes.

Amateurs de classique de longue date, n’allez pas croire qu’à travers ces lignes je vous dénigre et vous renie, bien au contraire. Sans les fidèles des salles parisiennes et de province, la musique classique serait bien mal en point aujourd’hui, à une époque où les subventions sont mises au régime sec et que le secteur culturel n’intéresse pas, ou peu, les forces guettant l’Elysée et les journalistes responsables des divers débats publics ayant pour but de nous « aider » dans nos choix électoraux. Seulement, il est temps de briser les codes et de permettre à tous de s’approprier la musique classique et ses institutions. Multiplier, encore et encore, les initiatives à l’égard des jeunes comme la Philharmonie de Paris avec les orchestres DEMOS, Le Palais royal de Jean-Philippe Sarcos et ses concerts Coup de Foudre à destination des scolaires ou encore Insula Orchestra et son opération Insulab, qui permet aux jeunes de 17 à 26 ans de prendre possession de La Seine Musicale à travers des concerts et performances de tous styles pour créer de la vie et du passage dans un bâtiment pourtant consacré en grande partie à la musique classique, et permet ainsi des rencontres et des mélanges de cultures inouïs.

Je ne dis pas non plus que c’est un mal de voir un public toujours sur son 31 dans nos belles salles de spectacle. C’est à chaque fois un plaisir de découvrir les robes flamboyantes de nos cantatrices préférées à chaque récital ou d’assister au concours de la plus belle fourrure ou du plus gros nœud papillon dans les travées. J’ai beau apprécier moi-même tout ce cérémonial, je pense toutefois que cela ne doit pas représenter une obligation ni une barrière pour ceux n’étant pas à l’aise avec ce concept.

Depuis ce mois de Mars, je m’amuse à présenter des concerts comme avec l’Orchestre universitaire de Tours, autour de la symphonie du Nouveau Monde il y a quelques jours. Cela vous semblera peut-être idiot, mais j’ai tout de suite voulu imposer une seule et unique condition à ma venue : pouvoir présenter le concert en jean-basket et t-shirt. C’est anecdotique, mais je suis intimement convaincu que c’est en permettant aussi à de jeunes intervenants, avec un langage commun, se mettant à portée de tous, de prendre le pouvoir sur certains événements ou médias pour parler de la musique classique, en stoppant ce « grand entre-soi » encore un peu trop souvent élitiste que le renouvellement du public se fera.  Tout cela peut résonner comme étant l’évidence même, mais il faut le marteler encore et encore aux oreilles de tous. Au passage, la salle à Tours était pleine et le concert fût un succès.

Et vous, qui n’avez pas encore franchi le cap, n’ayez pas peur d’aller vers la musique classique, elle n’attend que vous. Comme pour chaque seconde de votre vie, mettez de côté vos angoisses, ignorez le regard des autres, brisez les codes, soyez vous-même et tout ira pour le mieux, dans le meilleur des mondes possibles.

Guillaume BENOIT – Révisons Nos Classiques

revisonsnosclassiques@gmail.com

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